A propos de l'opuscule de Jean Claude LE GUEZIEC
concernant le parcours à François TASSEL


par Serge TILLY
Préambule
Avec Alain PRIGENT professeur d'histoire nous dépouillons depuis près de 15 années les documents traitant de la période 1939-1945 aux Archives Départementales de Saint-Brieuc, nous avons accumulé une grande quantité d'informations qui nous permettent de discuter de la Résistance sans complexe. D'ailleurs les anciens Résistants sont d'accord pour dire que notre connaissance sur cette période est plus étendue que la leur.
Ces recherches aux Archives Départementales mais aussi les témoignages recueillis auprès des anciens nous ont permis de rédiger et d'éditer une dizaine de Cahiers de la Résistance, ouvrages reconnus par les plus éminents historiens spécialistes de cette période.
Avec Alain PRIGENT nous sommes apte à porter un jugement sur beaucoup d'événements ou de personnages liés à cette période.

A propos de l'opuscule de Jean Claude LE GUEZIEC
concernant le parcours à François TASSEL

Ces propos n'ont pas pour but de contester l'appartenance à la Résistance de François TASSEL, ni le fait qu'il fut responsable d'un secteur.

Pour toute personne non initiée, la lecture de l'opuscule rédigé par Jean-Claude LE GUEZIEC peut paraître séduisante. Pour toute personne ayant participé à la Résistance dans le secteur de Lannion, ayant vécu cette période ou encore ayant un temps soit peu consulté les Archives Départementales de Saint-Brieuc, son opuscule apparaît sur beaucoup d'aspects comme une imposture.

La 1ère question que l'on peut se poser : " pourquoi François TASSEL a attendu si longtemps pour faire publier ses mémoires, pourquoi avoir attendu 65 ans ? ", la réponse parait simple : malgré les relations étroites entretenues avec un professeur d'histoire de Lannion Jean-Jacques MONNIER, ce dernier n'a jamais été tenté de publier les mémoires de François TASSEL, jugeant sans doute un manque de fiabilité quant aux faits cités ou délibérément occultés.

Pourquoi François TASSEL est il allé chercher Pierre DEMALVILAIN pour faire la préface de son recueil ? Personne du monde de la Résistance dans notre département ne le connaît, n'ayant aucune connaissance de la Résistance dans le secteur. Pourtant dans le département deux responsables sont connus : Jean LE JEUNE et Désiré CAMUS ayant d'ailleurs publiés chacun un ouvrage sur leur parcours respectif.

A plusieurs reprises l'ANACR due répondre à propos d'articles publiés dans la presse locale par François TASSEL, articles contenant de nombreuses erreurs. Ses propos n'étant pas fiables, la sortie de l'opuscule nous donne raison.

François TASSEL avait pour adjoint dans la Résistance Marcel DIGUERHER, il est plus commode pour François TASSEL de faire publier son opuscule maintenant étant donné que Marcel décédé en 2010 ne peut plus malheureusement témoigner. Il est connu de tous que Marcel n'appréciait pas du tout le comportement de François TASSEL. Voulant intervenir lors des obsèques de Marcel, il fut prié par la famille de rester chez lui.

Il y a encore moins de 10 ans, on ne parlait jamais dans les médias de François TASSEL, n'ayant aucune responsabilité au sein d'une association d'anciens résistants. C'est depuis la disparition de Corentin ANDRÉ celui que tous appelaient familièrement le capitaine MAURICE, celui que tous se souviennent comme étant l'homme qui incarna la Libération de Lannion, c'est depuis cette disparition que François TASSEL se manifeste allant au devant des journalistes pour faire parler de lui. " C'est moi le commandant GILBERT ", " C'était moi le chef ", " C'est moi qui... ".

Il se dit président d'une amicale, mais en fait cette amicale est fantôme puisqu'elle n'a aucune activité.

L'avis de l'ANACR sur l'opuscule de Jean Claude LE GUEZIEC :
- Peu de choses sur l'organisation à laquelle il appartenait, les FTP.
- Peu de choses sur les actions auxquelles il aurait directement participé excepté : récupération et répartition des armes de Loc-Envel, parachutage de Prat, livraison d'armes à Plénée-Jugon.
- Beaucoup d'imprécisions sur les événements, les dates (nombreuses lacunes en particulier sur celle de son arrestation), les lieux, les noms… deux écritures de noms suivant l'endroit.
- Visiblement aucun croisement d'informations, aucune référence de recherche aux Archives Départementales, aucune référence bibliographique (le livre référence sur la Résistance dans le Trégor " Mémoire d'un partisan breton " de Louis PICHOUNRON n'étant même pas cité)…
- Aucune évocation de Louis PICHOURON le commandant ALAIN, de Jean DEVIENNE " François ", et pourtant il se vanta de nombreuses fois les avoir bien connus.
- Occultation et minimisation de certaines actions de Corentin ANDRÉ (La Lande en Ploubezre, Libération de Lannion ou Corentin est seulement nommé MAURICE) et d'Armand TILLY qui changea de secteur sous la responsabilité de François TASSEL, qui participa avec lui à la saisie de tabac à Lannion, qui venait de quitter Amédée PRIGENT le 23 mai 1944 à Kerguiniou, mais aussi d'autres.
- Documentation sans valeur, il eut fallut au moins la photo des originaux.
- Peu de photos présentant un intérêt.
- Beaucoup de pages pour parler d'événements auxquels il n'a pas participé comme :
. l'attaque du maquis de Kerguiniou le 23 mai 1944,
. la Libération de la maison d'arrêt de Lannion le 8 mai 1944 (voir témoignage de Georges OLLITRAULT),
. l'attaque du camion à la Lande en Ploubezre le 17 juin 1944, l'ANACR possède également une déclaration sur l'honneur de l'autrichien Franz PETREI qui dit clairement qu'il a toujours été sous la responsabilité de Corentin ANDRE, ce que François TASSEL nie.
- Beaucoup d'informations dont on ne peut pas vérifier l'exactitude.
- Son arrestation suivie de sa libération de Guingamp est assez confuse et étonnante, absence de date ? (toutes les personnes arrêtées se souviennent de cette date autant que de leur date de naissance).
- Rien sur le travail de mémoire (mise en place de lieux de mémoire, causeries, conférences, expositions…) et pour cause puisqu'il n'en a pas fait, ne participant pas au concours de la Résistance et de la Déportation, son amicale fantôme n'étant pas reconnue.
- Aucun travail d'investigation, aucun témoignage.
- Lors de la sortie du cahier de la Résistance : " La bataille du rail ", François TASSEL passa un article dans la presse locale pour préciser qu'il était l'auteur d'un sabotage à Buhulien, curieusement il n'en parle pas dans son opuscule.
- Ce travail n'est pas un travail d'historien, l'auteur Jean Claude LE GUEZIEC a pris des risques en faisant confiance à François TASSEL sans vérifier les sources d'informations, les Archives Départementales contiennent pourtant beaucoup de renseignements encore faut il y consacrer du temps, même beaucoup de temps.
- Une évidence : François TASSEL avait décidé de ne pas (ou peu quand il ne pouvait faire autrement) parler de certaines personnes qui pourtant ont fait des actions avec lui.

Écrire l'histoire passe obligatoirement par des recherches, tous les historiens amateurs comme professionnels ou simples chercheurs effectuent ces recherches aux Archives Départementales (Saint-Brieuc et Rennes) et/ou Nationales (Paris), ces archives contiennent des procès-verbaux et mémoires de toutes sortes, des notes prises à chaud à la Libération, des photos… elles permettent ainsi de croiser les informations et de donner plus de crédit au travail réalisé.

Écrire l'histoire passe aussi obligatoirement par la lecture d'ouvrages sur le sujet concerné, visiblement le rédacteur de cet ouvrage n'a lu aucun livre concernant la Résistance dans le département, sa méconnaissance sur cette période est évidente. Si ce travail avait été effectué beaucoup moins d'erreurs auraient été commises (il est vrai que certaines erreurs sont volontaires de la part du témoin).

Les historiens ne travaillent d'ailleurs qu'à partir d'archives, comment pourraient t-il parler de Napoléon sans consulter les archives ?

Pour reprendre les propos de Jean LE JEUNE après lecture de l'opuscule : " cela m'inspire de la pitié plutôt que de la colère ".

Serge TILLY
vice président du comité de l'ANACR de Lannion,
chercheur ayant dépouillé depuis 15 années les archives départementales de Saint-Brieuc.
Avec Alain PRIGENT co auteur de plusieurs ouvrages sur la période de l'occupation :
cahier n°8-9, " La Bataille du Rail dans les Côtes-du-Nord "
- cahiers n°10 et 11, " L'occupation allemande dans les Côtes-du-Nord - Les Lieux de mémoire "
- cahier n°12, " Les fusillés et décapités après jugement d'un tribunal militaire allemand (Côtes-du-Nord 1940-1944) ".